L’École nationale d’administration, de journalisme et de magistrature a organisé le samedi matin 17 mai 2025 le huitième épisode du cycle « Rencontre d’expérience », lancé début mars par le Directeur général de l’École, le Dr Mohamed Yahya Ould Saïd, pour renforcer la culture administrative et juridique et la compréhension institutionnelle des élèves fonctionnaires à travers l’expérience de personnalités nationales de premier plan dans les domaines de l’administration, du droit et de la politique.

L’invitée de cet épisode était l’ancienne ministre et conseillère à la Présidence de la République, Mme Lemina El Ghotob Ememe. Elle a présenté son parcours professionnel et administratif, long de plus de trente ans, en évoquant sa formation initiale à l’École nationale d’administration comme attachée d’administration, puis sa formation spécialisée en gestion du personnel à l’École nationale d’administration du Royaume du Maroc.

Elle a raconté sa progression, depuis le bas de l’échelle administrative jusqu’à sa nomination comme ministre, en soulignant que ce long parcours lui a apporté une solide expérience et une compréhension profonde des exigences de la fonction publique.

Elle a rappelé avoir réussi le concours de la filière administration générale (rédacteurs d’administration) au milieu des années 1980, où elle était l’une des deux seules femmes de sa promotion. Malgré sa formation administrative, elle a commencé sa carrière comme stagiaire en secrétariat, puis a travaillé un an et demi au ministère des Affaires sociales, avant d’occuper plusieurs hautes fonctions administratives.

Évoquant l’importance de la formation à l’École, l’ancienne ministre a souligné la différence fondamentale entre une lettre administrative rédigée par un administrateur formé à l’École et celle d’un diplômé universitaire sans formation administrative ni expérience pratique : la première se distingue par sa précision, sa clarté et sa rigueur institutionnelle, quand la seconde manque souvent de profondeur et de maîtrise technique. Elle a insisté sur le fait que la formation spécialisée de l’École est un pilier essentiel pour former des agents publics compétents, capables d’exercer leurs fonctions avec professionnalisme, au bénéfice du prestige de l’administration et de la confiance des citoyens dans le service public.

Elle a affirmé que l’agent public doit savoir qu’il est au service du citoyen et rester proche de lui sans perdre son autorité, car l’autorité du fonctionnaire est celle de l’État. Elle a également salué l’importance de la formation militaire pour ancrer la discipline et l’humilité dans le comportement des administrateurs.

La conférencière a consacré une grande partie de son intervention à encourager les élèves fonctionnaires présentes, en retraçant son parcours de pionnière dans l’administration mauritanienne : elle a été la première femme mauritanienne et arabe nommée wali, en 2007, et la deuxième femme africaine à occuper ce poste. Elle a aussi évoqué son expérience de wali adjointe chargée de l’économie en 1999, et les difficultés et pressions sociales et administratives qu’elle a dû affronter, en soulignant que l’ambition des femmes ne doit pas être débridée, mais encadrée par des règles religieuses et morales et respectueuse des spécificités de la société.

Le Directeur général de l’École, le Dr Mohamed Yahya Ould Saïd, a exprimé son admiration pour cette expérience riche et inspirante, qu’il a jugée exemplaire de la capacité des femmes mauritaniennes à assumer des responsabilités, en relevant que l’expérience nationale dans ce domaine est en avance sur celle de nombreux pays arabes et africains. Il a aussi insisté sur l’importance de la progression de carrière pour former des administrateurs solides et aptes à assumer de lourdes charges.

Le débat a ensuite été ouvert aux élèves fonctionnaires, dont les questions et interventions ont porté sur des thèmes variés : le processus démocratique entre injonctions extérieures et besoins locaux, les difficultés rencontrées par la conférencière au cours de sa carrière, les mécanismes de nomination et de promotion, l’accès des femmes aux fonctions politiques et législatives, l’éthique de la fonction publique et les principales difficultés que rencontre l’agent public dans la réalité professionnelle.

La conférence a suscité un vif intérêt grâce à la profondeur de l’exposé et à la clarté du lien entre théorie et pratique, renforçant la conscience des élèves de leurs rôles et responsabilités et leur permettant de tirer des leçons d’une expérience de terrain.

En conclusion, l’ancienne ministre a adressé un message émouvant à l’assistance, en insistant sur l’attachement à l’unité nationale et territoriale : l’administrateur qui ne veille pas à ces principes est, selon elle, « un ver qui ronge le corps de l’administration ».

La conférence s’est tenue en présence du Directeur général et de membres des équipes administrative et pédagogique, qui ont eux aussi enrichi le débat et fait de cette rencontre une étape marquante de la formation professionnelle des élèves fonctionnaires.